- « Quand je venais de voir la Vierge… »

Posté par Pèlerin le 16 février 2011

Elles commençaient chaque nouvelle journée par le sacrifice et par la prière. En effet, s’arrachant au sommeil et à la douce tiédeur du lit, elles allaient dans l’obscurité et le froid à la recherche d’une matinale communication avec le ciel. La calleja, qui avait connu tant d’affluence, accueillait maintenant dans sa paisible intimité, et par une basse température, ces fillettes qui silencieusement, en grelottant parfois, venaient faire à Dieu, par Marie, l’offrande de leur journée, avec deux ou trois personnes, et sans autre compagnie que celle de leurs anges gardiens.

Les offensives du froid, dans cette rude région montagneuse, avaient blanchi les cîmes proches ; plus d’une fois la neige couvrit également le cuadro et ses environs, brillant étrangement dans la nuit qui tardait à s’effacer… Et le murmure des prières semblait se givrer dans le froid.

Les matins où il gelait on n’entendait aucun bruit : seule, parfois, une rumeur lointaine venue’ je ne sais d’où. Et les jours de mauvais temps, c’était le bruit de la pluie qui tombait, monotone, et parfois, le sifflement du vent….

  • Je vous salue, Marie…. Le Seigneur est avec vous…. Vous êtes bénie…

  • Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère, priez pour nous, pauvres pécheurs…

Pauvres pécheurs ! Combien ils avaient besoin que l’on fasse pour eux ces pénitences auxquelles ils ne pensaient même pas !

Dans une lettre du 11 janvier 1962, Mari-Cruz écrivait à don José Ramon : « Oui, je vais chaque jour à six heures du matin au Cuadro. La Sainte Vierge m’a demandé de réciter le chapelet tous les jours à cette heure-là jusqu’au 16, jour où je la verrai. Je sais bien, moi, que la Sainte Vierge veut que nous soyons très bons et que nous visitions le Saint Sacrement…. »

La journée ainsi commencée par la prière et la sacrifice devait être vécue pour Dieu par le travail, l’obéissance et l’accomplissement fidèle du devoir d’état. Ainsi les enfants répondaient aux désirs de la Vierge. Et pour surmonter le découragement possible, ils avaient l’espoir de la revoir et l’évocation des heures passées en sa présence.

Cette évocation devait avoir des résultats merveilleux, surtout en certaines périodes. Quelques années plus tard, alors qu’elle était déjà entrée dans la « nuit obscure », Conchita pouvait ecore répondre ainsi – avec sa modération caractéristique – à une série de questions auquelles on lui fit donner une réponse écrite :

« La première fois que nous avons vu la Vierge, Elle nous est apparue subitement. Elle venait avec deux anges et l’Enfant Jésus et il y avait un oeil au-dessus d’eux, avec beaucoup de lumière. Elle apparaissait toujours subitement, mais parfois Elle venait avec l’Enfant Jésus, et parfois non.

  • Son attitude était-elle toujours la même ?

  • Elle avait habituellement les bras ouverts et étendus et nous regardait. Mais Elle les bougeait aussi. Elle regardait vers l’assemblée, et parfois Elle souriait plus que d’habitude.

  • Qu’avait pour fond la Vision ?

  • Une lumière resplendissante.

  • Comment étaient ses yeux ? Cillaient-ils pendant la conversation ?

  • Ses yeux étaient noirs, très doux et miséricordieux ! Plutôt grands. Ils semblaient regarder non pas la figure ou le corps, mais l’âme. Je ne me suis pas rendu compte s’ils cillaient. Mais j’ai bien vu qu’elle regardait d’un côté ou de l’autre.

  • A-t-Elle pleuré parfois ? Ou simplement devenait-Elle triste ?

  • Je ne l’ai jamais vu pleurer ni être tout à fait triste.

  • Comment était son regard ?

  • Son regard est très difficile à décrire. Il fait qu’on L’aime davantage et qu’on pense davantage à Elle. Le fait de regarder son visage nous compble de bonheur. Et le fait qu’Elle nous regarde nous comble plus encore. Quand Elle nous parlait, Elle nous regardait et aussi son regard changeait d’expression pendant la conversation.

  • Que ressentais-tu quand Elle te regardait ?

  • Beaucoup de choses.

  • Comment était sa voix ? Une voix réelle qui correspond au mouvement des lèvres ou seulement une voix que l’on entend intérieurement ?

  • Sa voix, très douce et harmonieuse, s’entend par les oreilles, bien que les paroles pénètrent dans le coeur, c’est comme si la voix nous pénétrait. Et, pendant qu’Elle parle, Elle remue les lèvres, comme tout le monde, en produisant des sons. Elle parle d’une voix très claire.

  • Riait-Elle parfois, ou se contentait-Elle de sourire ?

  • Oui, parfois Elle a ri, en plus du sourire qui lui était habituel. Et on entendait son rire, comme ses paroles, mais son rire était quelque chose de plus que sa parole. Je ne sais pas expliquer son rire, je ne saurai jamais l’expliquer. (1)

  • Vous a-t-Elle souvent embrassées ? Le lui demandiez-vous ou bien le faisait-Elle d’Elle-même ?

  • Elle nous embrassait presque chaque jour, et cela venait d’Elle-même. C’étaient des baisers pour dire au revoir, sur chaque joue. Parfois je Lui demandais la permission de L’embrasser, et d’autres fois, je L’embrassais sans Lui demander.

  • Avait-elle un chapelet, ou un autre signe distinctif sur Elle ?

  • A part le scapulaire, je ne Lui ai jamais rien vu.

  • Qu’éprouvais-tu pendant l’extase ?

  • Une paix et un bonheur très grands !

  • Si après un appel tu avais décidé : « Aujourd’hui, je ne veux pas voir la Vierge », que penses-tu qu’il serait arrivé ?

  • Oh ! Jamais je n’ai pensé faire cela ! Et je ne pense pas le faire au cas où…

  • Qu’éprouvais-tu après une vision ?

  • Quand je venais de voir la Vierge j’avais l’impression de sortir du Ciel et j’avais de grands désirs d’aimer Jésus et Marie. Et de parler d’eux car c’est la seule chose qui peut nous réjouir : parler d’eux et écouter Marie.

*

Et c’est parce que je partage vivement les sentiments exprimés par Conchita que j’ai écrit ce livre. Au moment d’en terminer cette première partie en la fête de l’Immaculée Conception, je me vois obligé de proclamer que l’année 1961 doit être considérée comme une année de Grâce.

Au cours de cette année Dieu a voulu, depuis ce petit village de Saint Sébastien de Garabandal, offrir à Son Eglise, et par Elle, au monde, une surprenante EPIPHANIE MARIALE.

Nous n’avons pas de mots pour L’en remercier.

Mais nous pouvons supplier Celle qui est venue faire cette nouvelle VISITATION :

« Sainte Marie,
Secourez les malheureux,
Venez en aide aux faibles,
Réconfortez ceux qui pleurent ;
Priez pour votre peuple,
Gardez le clergé,
Intercédez pour vos filles,
Et soyez le soutien
De tous ceux qui se tournent vers vous ».
Amen. Alléluia.

(1) Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus dit à propos du miracle par lequel elle a été guérie de l’étrange maladie qu’elle eut à l’âge de dix ans : « Tout à coup la statue de la Vierge s’anima ! La Vierge Marie devint belle, si belle que jamais je ne trouverai d’expression pour rendre cette beauté divine. Son visage respirait une douceur, une bonté, une tendresse ineffables ; mais ce qui me pénétra jusqu’au fond de l’âme, fe fut son sourire ! » (Histoire d’une âme)

 Père Eusebio Garcia de Pesquera : Elle se rendit en hâte à la Montagne.

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